Hassan Fathy, un architecte égyptien (1900 - 1989)
La terre et la tradition
Hassan Fathy, le maître de la terre. On n'insistera jamais assez sur l'usage modernisé
des "voûtes nubiennes" ainsi que sur les principes de ventilation transversale des
bâtiments pour y assurer une climatisation naturelle, permanente et efficace, développés
par l'architecte égyptien Hassan Fathy.
Ni sur cette rationalisation des méthodes d'édification traditionnelle, permettant
de construire, sans coffrage et en terre crue, ces aériennes coupoles et ces voûtes
dites nubiennes. A tel point qu'en 1981, Hassan Fathy fut sollicité par la communauté
musulmane des Etats-Unis pour réaliser à Abiquiu, au coeur du Nouveau Mexique, un
village avec sa mosquée et sa madrasa le tout en adobe dont l'édification coïncida
avec une série de stages d'initiation aux techniques traditionnelles à usage des
architectes américains. Paradoxe des paradoxes si l'on considère que le pays le
plus développé au monde bénéficiait ce faisant d'une "assistance technique et culturelle"
de la part d'un représentant du tiers monde.Hassan Fathy, le maître de la terre.
Et pourtant ! En 1930, Hassan Fathy a 29 ans. Né en Alexandrie, d'origine nubienne,
fils d'une riche famille de propriétaires terriens, diplômé en architecture de l'Ecole
Polytechnique de l'Université du Caire, il appartient de toutes les manières à l'élite
cairote. Elégant, cultivé, s'exprimant parfaitement en arabe, en anglais et en français
il a, selon J.P Peroncel-Hugoz ( le Monde du 5.12.1989 ) "la souplesse du cabri,
la verve du pinson et l'imagination d'un jeune homme", toutes qualités qu'il conservera
jusqu'à sa mort en 1989.
Dès le début des années 30, en Europe se met en place le Mouvement Moderne qui va
essaimer ses idées dans le monde entier. Hassan Fathy aurait pu, compte tenu de
ses origines et de sa culture, y adhérer. Tout au contraire, en artiste et en poête,
il va s'ancrer dans ses propres traditions pour mieux les dépasser. Les maisons
climatiques des mamelouks du Caire ottoman, ingénieusement ombrées et ventilées
au moyen de halls sur deux étages, ainsi que les antiques méthodes de construction
indigène encore pratiquées dans les zones rurales avec leurs arcs inclinés, leurs
coupoles sur trompes, leur plan carré en spirale continue, seront ses principales
sources d'inspiration.
Il appliquera ses idées dès les années 40 en construisant en terre la maison Hamed
Saïd à Marg près du Caire (1942) et surtout le nouveau village de Gourna (1946-1947)
qui, malgré un succès très mitigé, lui assura une renommée internationale. Puis
vinrent l'école de Farès toujours en terre ; une maison à Sidi Kreir près d'Alexandrie,
en sable aggloméré cette fois-ci ; la maison Fouad Riad près de Saqqara, et enfin,
le nouveau village de Bâriz dans une oasis près de Kharga en 1965. Sans oublier,
bien sûr, le village de Dar al-Islam d'Abiquiu en 1980.
L'oeuvre de Hassan Fathy n'est évidemment pas, quantitativement, à la mesure de
sa renommée. Dans sa maison médiévale au pied de la citadelle du Caire, plus tard
en Italie où il s'était retiré et partout dans le monde à l'occasion de colloques
et de conférences, nombreux furent ceux qui vinrent écouter sa parole, méditer sa
pensée, subir son influence.
Une philosophie qu'il expose au grand large dans son ouvrage le plus fameux : "Construire
avec le peuple". Conscient que les modèles culturels et technologiques importés
de l'Occident sont inopérants pour résoudre cette lancinante équation socioéconomique
de la pauvreté ; l'alternative qu'il propose nécessite d'utiliser au mieux, in situ,
les seules ressources locales. Ancré sur ses convictions,Hassan Fathy produit une
oeuvre attachante, singulière et chaleureuse. L'une des toutes premières tentatives
déclarées du tiers monde de traduire dans ses constructions une volonté d'autonomie
spirituelle et matérielle afin d'assumer son indépendance économique et culturelle.
OEuvre d'architecte, et oeuvre de foi tout aussi bien, pour laquelle Fathy fut célébré
par le Prix Aga Khan d'Architecture en 1980 et par la Médaille d'Or de l'UIA en
1985.
"Droite est la voie du devoir, sinueux le chemin de la beauté" avait-il coutume
d'affirmer.